Littérature Jeunesse

Six of Crows – Leigh Bardugo

Tout d’abord, je tiens à vous informer que je suis un peu en rade de thune. Du coup, si jamais qui que ce soit aurait un peu d’argent à prêter à une lectrice dépourvue de dignité pour acheter la suite de Six of Crows (quand la version française sera sortie), je serais prête à lui donner en échange mon âme, ma petite sœur et ma figurine de Schtroumpf Paresseux. Mais avant de signer tout contrat louche digne d’une Ursula, je vais vous expliquer pourquoi. Envoyez le synopsis les gars ! (avec cette phrase, imaginez une scène extrêmement classe de votre choix)

« Kaz Brekker dit « Dirtyhands », est le chef des « Six of Crows », une équipe de malfrats aux talents exceptionnels : Inej, espionne défiant les lois de la gravité ; Mathias, soldat assoiffé de vengeance ; Nina, Grisha aux puissants pouvoirs magiques ; Wylan, fugueur des beaux quartiers, expert en démolition, et enfin Jesper, tireur d’élite accro au jeu.

Ensemble, ils peuvent sauver leur monde de la destruction… s’ils ne s’entretuent pas avant ! »

Je sais pas pour vous, mais moi j’ai trouvé ce synopsis un peu nul. Bon, quand je l’ai lu pour la première fois, j’étais un peu fatiguée, je lisais un mot sur deux, du coup ma réaction intérieure à été « Gniééééééé ? ». J’avais rien compris, et même maintenant, après avoir terminé le livre et à peu près compris l’univers (il est très riche), je me dis qu’il ne permet pas vraiment au futur lecteur de savoir à quoi s’en tenir. Pour me décider sur l’achat ou non de ce livre j’ai fait des checks dans ma tête :

  • Quête pour sauver le monde : Check
  • Noms à coucher dehors : Check
  • Magie : Check
  • MAIS HEROS COMPLETEMENT BADASS EN FAIT AAAAAH CHECK CHECK CHEEECK

Et c’est à ce moment que j’ai acheté le livre (en plus j’avais tellement bavé sur la super couverture, pas le choix j’allais pas le remettre en rayon).

Autant dire que je n’ai pas été déçue. Dès les premières pages, on est intrigué. On saute pieds et mains joints dans un univers dont on ne connait rien (fantasy forever my love <3), avec un personnage qui n’était absolument pas dans le synopsis et qui nous parle d’amour, de lune et de moustache (je vous spoile pas, c’est juste le début). Ce personnage n’est pas très intéressant, on s’en fiche un peu, on continue, on se dit qu’il n’est là que pour l’introduction dans l’univers… Puis il se passe un truc de ouf, des gens meurent et là on est captivé. Le livre démarre.

Alors, vu que je ne tiens absolument pas à vous spoiler ce livre qui est juste génial (et que je suis crevée), je vais faire une petite critique en en dévoilant le moins possible. Je pense que c’est le genre d’univers qu’il faut apprendre sur le tas, juste… en lisant.

Ce livre, du début jusqu’à la fin, nous offre un suspense monstre. On ne sait jamais ce qui se va se passer, parfois on croit le savoir, mais en fait non parce qu’il y aura toujours un truc totalement pas prévu qui va nous arriver sur la tronche. Les personnages sont TOUS aussi attachants les uns que les autres. Ce sont des malfrats, des méchants à la base. Ils ont déjà tué des gens quoi. Mais ils ont leur passé, leurs peurs, leurs doutes, qu’on va découvrir par des souvenirs très bien posés au fur et à mesure de l’histoire. Je parlerai uniquement de Kaz, le chef de la bande. Il se fait connaître sous le nom d' »Ordure du Barrel » et s’est construit tout un mythe de démon sans aucune humanité, et au début on va le croire. Puis, on va apprendre son passé, ses fêlures seront dévoilées… J’ai adoré le découvrir, puis le re-découvrir sous un autre jour.

L’univers, c’est de la fantasy qui m’a un peu fait penser à Trudi Canavan et sa « Trilogie du Magicien Noir », surtout avec les Grishas, qui sont des personnes douées de magie dans « Six of Crows ». J’avais beaucoup aimé,  ça m’a vraiment fait plaisir de trouver cette ressemblance. Comme dit plus haut, c’est riche, il y a plein de choses à découvrir et à comprendre, et évidemment en un livre on a pas tout vu ! Avec Ketterdam, la ville où vivent nos héros, on a surtout le côté sombre et meurtrier de ce monde. J’ai très envie d’explorer aussi les magnifiques endroits plus « paisibles » que l’on a entrevu grâce au passé de nos petits brigands.

En bref, les personnages sont vraiment bien traités, l’histoire est ouf, et c’était un vrai plaisir à lire. La plume… drôle, partant parfois un peu dans le sentimentalisme/poétique, nous sortant des fois de ces espèces de punchlines dont j’adore me goinfrer et qui donnent une punaise de classe au bouquin et aux personnages, et c’était absolument parfait !

A lire.

« – Ça ressemble vraiment aux anneaux d’un arbre, remarqua-t-elle.

– Non, contredit Kaz. Ça ressemble à une cible. »

 

 

Uglies – Scott Westerfeld

 ATTENTION : CET ARTICLE EST REMPLI DE SPOILERS

Je suis un peu complotiste sur les bords. Les dystopies du genre « Belle société ultra futuriste, brillante de partout, où les gens sont très heureux et ont les dents blanches, mais en fait un jour quelqu’un va se rendre compte que tout n’est que manipulation et se rebeller », c’est vraiment très vendeur sur moi. Du coup, en lisant le résumé de « Uglies », on comprend pourquoi il m’a attiré tout de suite :

« Tally aura bientôt 16 ans. Comme toutes les filles de son âge, elle s’apprête à subir l’Opération et à intégrer la caste des Pretties. Dans ce futur paradis, Tally n’aura plus qu’une préoccupation, s’amuser…

Mais la veille de son anniversaire, Tally découvre le monde des rebelles. Là-bas, elle apprend que la beauté parfaite et le bonheur absolu cachent plus qu’un secret d’Etat : une manipulation.

Que va-t-elle choisir ? Devenir rebelle et rester laide à vie, ou succomber à la perfection ? »

La beauté standard au centre de tout

La dernière ligne est intéressante et apporte réflexion : Dans le monde de Tally, être « beau », c’est s’aimer soi-même, être intégré à la société, reconnu comme quelqu’un de normal et qui mérite le respect. Mais c’est aussi ressembler à n’importe qui d’autre, perdre sa personnalité physique (L’Opération donne à tout le monde le même corps, une base qui poserait tout le monde sur un pied d’égalité, en changeant juste quelques traits permettant de garder un peu de l’ancienne apparence du sujet) autant que psychologique (L’Opération cause des dommages au cerveau. On apprend que ces dommages sont volontaires, ils affectent l’esprit critique et rendent plus malléable et influençable le sujet. Plus contrôlable). Etre « moche », c’est détester son apparence, en avoir honte. Tant qu’il n’a pas subi l’Opération, un humain sera incapable de s’aimer comme il est et d’accepter son corps, parce qu’on lui a répété toute sa vie qu’il était laid, un Ugly et que pour grandir, devenir beau et heureux, il fallait se faire charcuter. Etre Ugly, c’est être un marginal. Mais être moche, c’est aussi garder ses capacités physiques à leur maximum, ne ressembler à personne à part soi-même et surtout  : garder son cerveau intact et son destin entre ses mains.

Mais du coup, si on sort cette question de son contexte et qu’on la met dans notre présent, ce 21ème siècle qui nous appartient actuellement, qu’est-ce que ça donne ? Entre garder sa capacité à mener sa vie et faire ses propres choix mais avoir des défauts, ou réparer ces derniers et accéder à un bonheur absolu mais vide de sens, au prix d’un physique standard et d’un esprit totalement contrôlé, que choisiraient les gens ? Ce serait un test intéressant. Combien choisiraient la deuxième option en connaissance de cause ?

Une population over-guidée/contrôlée

Comme dans la plupart des romans de SF, la technologie est omniprésente et indispensable pour le bon fonctionnement de la vie quotidienne. La chambre de Tally est intelligente et pour fuguer la nuit, la jeune fille est obligée de placer un radiateur à la même température qu’un corps humain dans son lit. Sa montre, qu’elle porte tout le temps, lui sert d’assistante mais peut aussi servir à la repérer, et même les ponts menant à Pretty Town, la ville des Pretties, appellent les autorités si un Ugly y passent. Sous la couverture d’une vie propre et bien rangée, assistée, Tally se laisse contrôler. Mais c’est normal, c’est comme ça depuis qu’elle est toute petite et ça fonctionne très bien comme ça, les gens sont heureux ? Non ?

L’héroïne, Tally

J’aurai pu appeler ce titre « Tally, ou le résultat du formatage ». Dans la majorité du livre et surtout au début, Tally est juste… agaçante. Son seul souhait, c’est d’être Pretty. C’est au centre de tout son monde et elle ne considérera sa vie vraiment réelle que lorsqu’elle aura atteint ses 16 ans et subit l’Opération. On lui a mis dans le crâne qu’elle était hideuse, que c’était normal et qu’il ne fallait pas en faire un plat… mais que pour être heureuse, il fallait quand même passer sous l’oeil des chirurgiens. Devenir Pretty, c’est accepter de grandir et entrer dans le monde des adultes. Tally, en bonne petite soldate, a bien tout assimilé. Elle zieute déjà les Pretties de loin et rêve d’être comme eux. Ce n’est qu’après avoir passé du temps à La Fumée, ville rebelle, que Tally évolue enfin. Elle tombe amoureuse, découvre la beauté qui se cache en elle et dans les autres. En apprenant ce qui se cache derrière l’Opération, elle va totalement changer d’avis. Elle ne souhaite plus devenir une Pretty heureuse mais au cerveau éteint. Elle devient maîtresse d’elle-même.

Une société malade

Beauté standard. Pensée unique. Extinction de la différence. Manipulation du gouvernement. Toutes ces choses, sont, à plus petite doses, déjà présentes dans nos vies et preuves qu’une société n’arrive pas à se coordonner et à vraiment bien fonctionner toute seule. On y participe un peu, volontairement ou non, à ce formatage on le rejette aussi souvent. On a envie d’être comme les autres, pour rentrer dans le moule et s’intégrer, ne pas être moqué pour ses différences. Malgré tout, on veut rester soi-même. Comme pour beaucoup d’autre livres de ce genre, j’ai fini « Ugly » avec cette pensée : « Et si ça arrivait vraiment ? Qu’est-ce qui nous empêcherait d’en arriver là ? ». Ça fait flipper. J’adore.

Le livre

L’idée est superbe. La beauté uniformisée, ça c’est un sujet sympa ! Mais pas assez approfondi à mon goût. Je me doute que le but de l’auteur n’était pas de faire une thèse, mais le reste était moins, voire pas intéressant, donc ça ne m’aurait pas déplu que l’idée aille plus loin encore. Comment ? Je ne sais pas, si vous avez des idées… 🙂

L’écriture est simpliste, mais ce n’est pas étonnant venant d’un roman jeunesse. A qui la faute, l’auteur ou le traducteur ? Je rêve de lettres donnant l’eau à la bouche rien qu’à les effleurer des yeux. Oui, même pour les jeunes.

J’ai eu du mal à entrer dans l’histoire, le début trainait en longueur. Oui, les bêtises d’Uglies c’était cool, mais j’aurai aimé passer plus de temps à La Fumée.

La fin est trop prévisible. C’était o-bli-gé que Tally devienne Pretty malgré tout, aucun suspense ! Bien sûr, ça arrive à la toute fin du livre, juste pour donner envie d’aller voir ce que ça donne dans le tome 2… et sur moi ça va fonctionner !

Au final : Bon petit livre, pas foufou non plus.