Mois: septembre 2016

Louise et la pièce aux coquelicots

Louise entra dans la pièce et su immédiatement – et pendant très longtemps elle le raconterait de cette manière – que de toute sa vie durant, elle n’aurait pas l’occasion de voir un endroit plus beau que celui qu’elle contemplait à cet instant, et qu’elle avait une chance immense de se trouver là.

La pièce en elle-même ne ressemblait pas vraiment à ce que l’on s’imagine d’une pièce normale, avec des murs normaux, un sol normal et des meubles normaux. Si vous avez déjà vu une pièce normale, ôtez-vous-en son image de la tête, celle-ci n’avait rien à y voir. Déjà, elle était grande. Très grande. Mais vraiment, vraiment très très grande.

Ensuite, elle était, de sol, de murs et de plafond, entièrement recouverte des coquelicots les plus magnifiques et les plus exquis, aux couleurs variant du rose au rouge dans les nuances les plus subtiles que parfois même le plus fin artiste à l’œil le plus aguerri ne pourrait déceler.

On ne pouvait pas vraiment savoir comment poussaient ces coquelicots (pour la pièce que c’était, ils auraient pu pousser de n’importe qu’elle autre façon qu’avec de l’eau, du soleil et un sol fertile) puisque la terre – si terre il y avait – était entièrement cachée, tant le nombre de coquelicots (leur taille aussi, il y en avait des tout petits mais aussi de très grands, bien plus grands qu’un coquelicot normal), l’enchevêtrement de leurs racines et la densité du tout prenait de la place.

Malgré l’absence de fenêtres (s’il y en avait, elles avaient sûrement été englouties depuis des siècles), la pièce -si l’on pouvait encore l’appeler ainsi – était très lumineuse, de cette lumière douce, apaisante et tiède que l’on retrouve dans ces maisons aux larges baies vitrées par un joli jour de printemps. Cette lumière semblait provenir des coquelicots, qui avaient chacun en leur centre une toute petite boule de lumière éclatante, ne se contentant pas d’éclairer chacune dans son coin, mais semblant être un bout de l’immense boule de lumière blanche se trouvant à l’exact milieu de la pièce. Ce mini astre inspirait le bonheur et l’apaisement à quiconque le regardait (il ne faisait même pas mal aux yeux, pas comme le soleil terrestre qui ferait bien pâle figure ici), et donnait l’envie de s’en approcher jusqu’à disparaître dedans, ce que Louise aurait fait si elle n’avait pas craint d’abîmer un seul de ces coquelicots en déplaçant ses pieds.

L’air avait quelque chose de sucré tout en restant d’une légèreté extrême. On avait envie d’y goûter et Louise se dit (avec raison) que si quelqu’un arrivait un jour à créer une friandise au goût s’approchant ne serait-ce qu’un chouïa de celui-ci, cette personne se ferait une immense fortune et/ou mourrait probablement d’une overdose de sa propre création.

Le tout était d’une harmonie et d’une pureté parfaites. Louise aurait pu y rester toute sa vie, à regarder ce spectacle silencieux et magique, restant debout sans bouger jusqu’à l’acte final, où elle s’écroulerait parmi les coquelicots qui lui formeraient un lit magnifique et parfumé… Quelle belle fin ce serait, de dormir à jamais dans cet endroit.

Soudain, elle remarqua du mouvement qui la tira de sa rêverie. Pour une raison inconnue elle ne l’avait pas vu au départ, la pièce sembla donc d’un coup prendre vie aux yeux de Louise, qui s’écarquillèrent encore plus d’émerveillement. La boule lumineuse semblait grossir et diminuer de taille sans cesse, comme si elle respirait, et la petite lumière à l’intérieur d’un coquelicot disparaissait parfois, entraînant la fin de ce dernier, dont les pétales se séparaient et chutaient entre les autres coquelicots et dont les racines se décomposaient tellement vite qu’elles semblaient s’évaporer.

Souvent une nouvelle petite lumière apparaissait, faisant pousser un coquelicot dont la seule mission et raison d’exister semblait être de la protéger aux creux de ses pétales.

La pièce s’agrandissait souvent d’un coup pour accueillir ou laisser partir un très grand nombre de coquelicots et de leur lumière. Au fur et à mesure du temps passé à contempler la pièce, Louise se rendait compte petit à petit que chaque chose ici semblait entièrement synchronisée avec le reste. Lorsqu’une ou plusieurs petites lumières disparaissaient, cela semblait être en adéquation avec un moment ou l’énorme boule rétrécissait, et à l’inverse, cette dernière semblait grandir lorsqu’une ou un groupe de lumières-coquelicots prenait naissance. Loin de rompre l’enchantement de l’endroit, Louise se sentit encore plus heureuse de contempler ce cycle éternel, les joues baignées de larmes, émue comme jamais on ne pourrait penser l’être.

Les Naufragés Modernes

Je me retourne déjà
Dans ma tombe pré-construite.
Je me vois déjà
Dans une autre dimension.
J’entends au loin, très loin
Le chant des sirènes.
C’est ça qui me hante,
C’est ce qui me poursuit,
C’est la folie du naufragé,
Celui qui va mourir,
Mais celui qui s’accroche
Et qui coule.
J’en peux plus de couler,
Je sors la tête hors de l’eau
Et j’essaie de m’enfuir,
Je nage à contre-sens,
Mais le courant m’emporte,
Et je coule.

Six of Crows – Leigh Bardugo

Tout d’abord, je tiens à vous informer que je suis un peu en rade de thune. Du coup, si jamais qui que ce soit aurait un peu d’argent à prêter à une lectrice dépourvue de dignité pour acheter la suite de Six of Crows (quand la version française sera sortie), je serais prête à lui donner en échange mon âme, ma petite sœur et ma figurine de Schtroumpf Paresseux. Mais avant de signer tout contrat louche digne d’une Ursula, je vais vous expliquer pourquoi. Envoyez le synopsis les gars ! (avec cette phrase, imaginez une scène extrêmement classe de votre choix)

« Kaz Brekker dit « Dirtyhands », est le chef des « Six of Crows », une équipe de malfrats aux talents exceptionnels : Inej, espionne défiant les lois de la gravité ; Mathias, soldat assoiffé de vengeance ; Nina, Grisha aux puissants pouvoirs magiques ; Wylan, fugueur des beaux quartiers, expert en démolition, et enfin Jesper, tireur d’élite accro au jeu.

Ensemble, ils peuvent sauver leur monde de la destruction… s’ils ne s’entretuent pas avant ! »

Je sais pas pour vous, mais moi j’ai trouvé ce synopsis un peu nul. Bon, quand je l’ai lu pour la première fois, j’étais un peu fatiguée, je lisais un mot sur deux, du coup ma réaction intérieure à été « Gniééééééé ? ». J’avais rien compris, et même maintenant, après avoir terminé le livre et à peu près compris l’univers (il est très riche), je me dis qu’il ne permet pas vraiment au futur lecteur de savoir à quoi s’en tenir. Pour me décider sur l’achat ou non de ce livre j’ai fait des checks dans ma tête :

  • Quête pour sauver le monde : Check
  • Noms à coucher dehors : Check
  • Magie : Check
  • MAIS HEROS COMPLETEMENT BADASS EN FAIT AAAAAH CHECK CHECK CHEEECK

Et c’est à ce moment que j’ai acheté le livre (en plus j’avais tellement bavé sur la super couverture, pas le choix j’allais pas le remettre en rayon).

Autant dire que je n’ai pas été déçue. Dès les premières pages, on est intrigué. On saute pieds et mains joints dans un univers dont on ne connait rien (fantasy forever my love <3), avec un personnage qui n’était absolument pas dans le synopsis et qui nous parle d’amour, de lune et de moustache (je vous spoile pas, c’est juste le début). Ce personnage n’est pas très intéressant, on s’en fiche un peu, on continue, on se dit qu’il n’est là que pour l’introduction dans l’univers… Puis il se passe un truc de ouf, des gens meurent et là on est captivé. Le livre démarre.

Alors, vu que je ne tiens absolument pas à vous spoiler ce livre qui est juste génial (et que je suis crevée), je vais faire une petite critique en en dévoilant le moins possible. Je pense que c’est le genre d’univers qu’il faut apprendre sur le tas, juste… en lisant.

Ce livre, du début jusqu’à la fin, nous offre un suspense monstre. On ne sait jamais ce qui se va se passer, parfois on croit le savoir, mais en fait non parce qu’il y aura toujours un truc totalement pas prévu qui va nous arriver sur la tronche. Les personnages sont TOUS aussi attachants les uns que les autres. Ce sont des malfrats, des méchants à la base. Ils ont déjà tué des gens quoi. Mais ils ont leur passé, leurs peurs, leurs doutes, qu’on va découvrir par des souvenirs très bien posés au fur et à mesure de l’histoire. Je parlerai uniquement de Kaz, le chef de la bande. Il se fait connaître sous le nom d' »Ordure du Barrel » et s’est construit tout un mythe de démon sans aucune humanité, et au début on va le croire. Puis, on va apprendre son passé, ses fêlures seront dévoilées… J’ai adoré le découvrir, puis le re-découvrir sous un autre jour.

L’univers, c’est de la fantasy qui m’a un peu fait penser à Trudi Canavan et sa « Trilogie du Magicien Noir », surtout avec les Grishas, qui sont des personnes douées de magie dans « Six of Crows ». J’avais beaucoup aimé,  ça m’a vraiment fait plaisir de trouver cette ressemblance. Comme dit plus haut, c’est riche, il y a plein de choses à découvrir et à comprendre, et évidemment en un livre on a pas tout vu ! Avec Ketterdam, la ville où vivent nos héros, on a surtout le côté sombre et meurtrier de ce monde. J’ai très envie d’explorer aussi les magnifiques endroits plus « paisibles » que l’on a entrevu grâce au passé de nos petits brigands.

En bref, les personnages sont vraiment bien traités, l’histoire est ouf, et c’était un vrai plaisir à lire. La plume… drôle, partant parfois un peu dans le sentimentalisme/poétique, nous sortant des fois de ces espèces de punchlines dont j’adore me goinfrer et qui donnent une punaise de classe au bouquin et aux personnages, et c’était absolument parfait !

A lire.

« – Ça ressemble vraiment aux anneaux d’un arbre, remarqua-t-elle.

– Non, contredit Kaz. Ça ressemble à une cible. »